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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

L'écrivaine Maritza M. Buendia***

L'écrivaine Maritza M. Buendia***

CHATS

par Maritza M. Buendía

*Une courtoisie de l'Ambassade du Mexique en Belgique*

 

Je me sens chat à tous points de vue. Je cherche dans tous les coins de la maison, je cherche aux quatre coins des rues pour retrouver ta trace. Je n’y arrive pas. Ton odeur se perd dans l’odeur des autres. Mon corps de chat s’étire d’une extrémité à l’autre, mais il n’arrive pas à s’étirer entièrement car toujours, au dernier moment, tu n’es pas là : corps de chat échappé, odeur de chat perdu. Ma peau se hérisse face à ton absence et elle s’imagine des choses, elle s’imagine que tes mains la touchent. Et le souvenir est si fort, que je perçois tes doigts qui montent et qui descendent. Tes yeux se ferment jusqu’à n’être plus qu’une fine fente. Ton poids se moule sur mon corps. Mes jambes ouvertes ont froid. A force de l’imaginer j’ai mal à la tête et elle explose en migraines spasmodiques qui m’obligent à me frapper contre les murs. Je déambule, je me cogne et je laisse des tâches de mon sang de chat dans les différentes pièces de la maison : dans la chambre, dans le salon, dans la salle à manger, dans la salle de bains, dans la cuisine. Alors tu me suis à la trace et tu me trouve dans le lit, où je t’attends. Tes mains reviennent et font rentrer dans ma bouche ouverte toute la nuit possible. Des fois j’ai l’impression de me noyer, que je vais vomir, qu’il m’est impossible de tant avaler. Mais jamais, jamais je ne te le dirai. Ma bouche toujours ouverte pour avaler plus de nuit, mes jambes toujours ouvertes, attachées aux barreaux du lit. Tes mains, toujours tes mains, qui déchirent mon ventre, qui me reniflent, qui remodèlent mes seins, qui me retournent, violement, à l’endroit, à l’envers. Je saute du lit, et, avec mes griffes je m’accroche au mur. Toi, avec tes griffes, tu déchires mon dos, marqué de sillons rouges. Je glisse lentement, mes griffes ne m’arrêtent pas, elles sont trop petites. Sur le mur, je laisse les mêmes traces que tu me laisses. Cette tâche là, c’est moi, ce que tu as voulu me donner est resté en moi, dans mon dos, dans chacun de mes poils qui ne s’apaisent pas. Nous tombons ensuite en une pluie de salive. Des goutes provenant de ta bouche éclaboussent mes lèvres. Je bois ton eau, je veux la boire à grandes gorgées pour me remplir plus rapidement. Mais toi tu ne me donnes que quelques gouttes et mon corps de chat déborde de soif et cherche la sueur de ton corps pour s’étancher, pour se calmer un peu. Je lèche alors tes yeux, et une fois encore je bois. Je bois les pleurs de tes yeux, je bois mes propres pleurs d’un seul trait. Je lèche le creux de tes aisselles. Ma langue escalade ton goût et le couvre de fissures. Je lèche aussi ton nombril, jusqu’à ce que tu m’arrêtes, que tu ne me laisses plus lécher. Tu obliges ainsi ma bouche à s’ouvrir pour y mettre de nouveau toute la nuit. Et moi je m’asphyxie, je m’étouffe. Mes yeux ouverts cherchent les tiens, mais tes yeux m’ont oubliée. Tu vois ton corps de chat, depuis en haut, et mon corps en bas, qui te pleure, qui pleure. Et tu continues à me déchirer, tu me déchires, tu te déchires toi-même. Ton corps saigne au-dessus du mien, mais moi j’ai toujours la nuit coincée dans ma gorge, et je ne me rends pas compte de ce qui se passe jusqu’à bien plus tard, quand ta mort se disperse au-dessus de la mienne, quand tes pattes deviennent molles et que tes griffes se rétractent. Tu ronronnes et moi j’ai besoin de boire plus de ta salive et de me remplir encore de ton sang. Tu dors quand mon corps de chat s’éveille à peine, attendant que ta langue soigne toutes mes blessures. Mais je me trompe. La migraine revient alors, toutes les blessures saignent, elles me font mal, je deviens folle de désespoir. Je sors, je cours, je grimpe sur les murs, je saute par les fenêtres et j’arrive sur le toit. Je saute d’une maison à l’autre jusqu’à n’avoir plus d’air, à en perdre haleine. Je m’arrête, mais ma gorge hurle encore. Mon corps miaule, tourne en rond, se trouble. Je me cogne, je me laisse tomber. Je me relève et je me laisse tomber, je tombe chaque fois plus fort. C’est le vertige, je tombe en lui.

 

                                                                            GATOS

   Maritza M. Buendía

 

Me siento gato por las cuatro orillas. Busco por los rincones de la casa, busco por las esquinas de las calles para encontrar tu rastro. No lo logro. Tu olor se pierde en el olor de los demás. Mi cuerpo de gato se estira de un extremo a otro, y no alcanza a estirarse por completo porque siempre, en el último instante, faltas tú: cuerpo de gato extraviado, olor de gato extraviado. Mi piel se eriza ante tu ausencia y se engaña: imagina que tus manos la tocan. Y es tan fuerte el recuerdo, que percibo tus dedos, subiendo y bajando. Tus ojos se cierran hasta confundirse en una línea delgada. Tu peso se moldea en mi cuerpo. Mis piernas abiertas tienen frío. De tanto imaginarlo la cabeza me duele y estalla en espasmódicas migrañas que me obligan a golpearme contra la pared. Deambulo, me golpeo y dejo mi sangre de gato manchando los diferentes cuartos de la casa: en la recámara, en la sala, en el comedor, en el baño, en la cocina. Entonces me rastreas y me encuentras en la cama, esperándote. Tus manos vuelven otra vez y meten por mi boca abierta toda la noche que me cabe. A veces creo que me ahogo, que voy a vomitar, que me es imposible tragar tanto y tanto. Pero nunca te lo digo, ni nunca te lo diré. Siempre mi boca abierta para tragar más noche, siempre mis piernas abiertas, sujetas a los barrotes de la cama. Tus manos, siempre tus manos, desgarrando mi vientre, olfateándome, remodelando mis senos, volteándome, con un giro violento, al derecho, al revés. Salto de la cama y, con las uñas, me sujeto a la pared. Tú, con tus uñas, destrozas mi espalda, la llenas de surcos rojos. Yo resbalo lentamente, mis uñas no me detienen, son demasiado pequeñas. En la pared, voy dejando las ranuras que me haces. Esa mancha de ahí soy yo, lo que has deseado darme se quedó en mí, en mi espalda, en cada uno de mis pelos que no se aplacan. Caemos luego en una lluvia de saliva. Gotas provenientes de tu boca salpican mis labios. Yo bebo tu agua, anhelo beberla en tragos grandes y largos para llenarme rápido de ella. Pero tú sólo me das unas cuantas gotas, y mi cuerpo de gato se desborda de sed y busca el sudor de tu cuerpo para atenuarse, para calmarse un poco. Lamo entonces tus ojos, una y otra vez. Bebo el llanto que tus ojos no sueltan, bebo mi propio llanto de un trago. Lamo el hueco de tus axilas. Mi lengua se escalda, tu sabor la cubre de grietas. Lamo también tu ombligo, hasta que me detienes, hasta que ya no me dejas lamer. Obligas así que mi boca se abra para meter de nuevo toda la noche. Y yo me asfixio, me atraganto. Mis ojos abiertos buscan los tuyos, pero tus ojos me han olvidado. Ves tu cuerpo de gato, desde arriba, y mi cuerpo abajo, llorándote, llorando. Me sigues desgarrando, me desgarras, te desgarras a ti mismo. Tu cuerpo sangra encima de mi cuerpo, pero yo continúo con la noche atorada en la garganta y no me doy cuenta de lo que ocurre sino momentos después, cuando ya tu muerte se dispersa en la mía, cuando ya tus patas se vuelven flácidas y tus uñas se ocultan. Ronroneas, y yo necesito beber más tu saliva y llenarme más de tu sangre. Duermes cuando mi cuerpo de gato apenas despierta, esperando que tu lengua cure todas mis heridas. Pero me engaño. Vuelve la migraña entonces, todas las heridas me sangran, me duelen, enloquezco de desesperación. Salgo, corro, trepo por las paredes, sorteo las ventanas y llego hasta la azotea. Brinco de una casa a otra casa y a otra y a otra hasta que me falta aire y el aliento se agota. Me detengo, pero mi garganta todavía aúlla. Mi cuerpo maúlla, da vueltas en redondo, se marea. Me golpeo, me dejo caer. Me levanto y me dejo caer. Me levanto y me dejo caer, caigo cada vez más. Es el vértigo, caigo en él.

 

Maritza M. Buendía (Zacatecas, México, 1974).

Narradora y ensayista. Doctora en Humanidades-Literatura por la UAM-Iztapalapa. En 2012 obtuvo el Premio Nacional de Literatura Gilberto Owen con 9 tangos para Barbie y Ken (libro inédito) y, en 2011, el Premio Bellas Artes de Ensayo Literario José Revueltas, con Poética del voyeur, poética del amor. Juan García Ponce e Inés Arredondo (UAM/CONACULTA, 2013). En dos ocasiones ha sido becaria del FONCA Jóvenes Creadores (2009 y 2007). En 2004 obtuvo el Premio Nacional de Cuento Julio Torri con En el jardín de los cautivos (Tierra Adentro, 2005). En 2003 formó parte de la primera generación de la Fundación para las Letras Mexicanas y en 2002 publicó su primer libro de cuentos La memoria del agua (Tierra Adentro).
Actualmente, realiza un posdoctorado sobre Alejandra Pizarnik y Juan García Ponce en la Universidad de Buenos Aires.

 

 

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