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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

 

Une larme contient toute l’ombre du Paradis.

Par Orlando Jimeno Grendi

 

                                       Une larme en tombant avait le sentiment de la vieillesse du monde.

                                                                                                             Vicente Huidobro.

 

      Jimeno Grendi-copie-1

      Orlando Jimeno Grendi, écrivain chilien

 

 

Tu es en moi seulement avec le tact ancien du pacte nocturne,

Là commence la voix et la mer secoue son arbre fleuri de poissons

Entends-tu ? La mort vocalise sa ballade souriante en chaque larme ;

Tu es plus ancien que la misère du monde.

Où es-Tu ?

                    Les yeux ouvrent leurs portes, la rosée se cache dans la lumière de l’aube

Je te cherche dans les chemins d’une main amie

Je vais par ma solitude inaccessible

Je suis moi et ma circonstance ;

  Un rêve des ailes et des limites et tout tourne autour du millénaire et tout s’écroule

par la pensée trouée en chaque heure donnée de la vague étranglée.

 

C’est ainsi ;

       Le ciel et le sol émigrent vers un autre rêve

Le feu chante la ballade de l’étoile égarée

Un battement des extrêmes vagabonds arrête sa caravane

Les jours se cherchent dans le monde vieillissant dans tes yeux

Où es Tu ? 

                    Dans la dernière larme qui roule depuis la montagne ?

Dans la dernière pierre qui agonise dans le calice d’une fleur aveugle ?

 

Temps d’attente

                                Tout passe

Tout pèse

                                Attente du Temps

Toute pause pèse, pas à pas  passe par son poids

Toute espérance désespère de son temps

Toute pose du temps nous pèse et impose le pas du poids sans pause.

 

C’est ta voix   Elle vient par des chemins fatigués condamnés à leur propre distance

    Elle vient par le fleuve lent dans l’ombre d’une fleur en deuil.

 

Tu chantes et racontes et contrattaques et contre chantes et en racontant tu décomptes

Tu chantes et tu déchantes quand tu ries et parles et regardes et meures sans savoir

Tu nommes et énumères et tu t’étonnes du  divin  présage et du pronostique des ténèbres

Ange spadassin des énigmes dans l’argument de ta voix.

 

Bannissons les nombres du calcul des yeux ;

     La mer n’imite pas l’éternité, ne vénère pas l’agio des spéculateurs

     La mer ne pactise pas la facture nocturne de la canaille boursière

     La mer c’est l’éternel retour des yeux 

     La mer c’est le poème vers sa propre voix

     La mer c’est le sort qui vainc la symétrie inexorable  des ténèbres statistiques.

 

Tu chantes et  racontes si la mer quitte sa maison quand tu dors avec la lune

Tu chantes et tu pleurs si tu regards et ries avec la lumière de la musique

Tu sais que tu brûles avec la clef visionnaire du vagabond

Connais-tu le pays de  La   Morvie ?

 

C’est Tout.

                     Le temps se dilate par le chemin qui s’éloigne ;

Personne ne fuit de soi- même ni saut hors de son ombre.

Nous sommes la parole qui gît sous  L’Inconscient  

La mer ouvre ses portes au navire fantôme qui veut renaître dans l’île séductrice

        du  Blasphème  rédimé

 

Adieu, tu dis à la rose unanime et à l’ange intraduisible

A Dieu tu dis adieu, adieu aux jours d’un seul jour

Personne dit  adieu  à Dieu

Adieu tu dis à toi-même

 

Je sais que tu te cache derrière mes yeux

Je sais qu’il y a une raison d’espérer dans la raison d’espérer

Métaphysicien ?

                          Si tu appréhendes le dernier regard d’une fleur aveugle

Entends-tu la larme dénudée au bord de la Voie Lactée ?

Néanmoins

                          Les siècles sanglotent à côté de la Promise qui inaugure la tempête,

Et la terre a du mal à ses arbres prodiges des présages.

 

 

C’est tout

                   Venus  putréfiée altère la température  des sexes convulses

Eduardo Anguita  blasphème flamme flavescente femme philosophale

Logos et Mythe

                   Venus émerge du pourrissoir dans la volonté et préfiguration du Paradis

Et puis il y a cette voix antérieure à la vie explorant le doute des ténèbres

Passant et passant par le millénaire qui ne cesse de passer sans peser vers la goutte

Minime dans le festin sanguinaire de la rosée.

 

C’est ainsi,  l’ange intrépide interprète s’éloigne par  la main ouverte d’une lune en deuil ;

C’est mon double impromptu  et impuni qui impose  la prise de la promise pensive  assise

  Derrière l’horizon

L’œil salue à tout venant,

Son domaine est l’évidence, la croyance est celui du poète :

Où  la parole ?

      Celle-ci traverse le ruisseau de lumière des époques centenaires

Elle me regarde,- « Je suis moi, je lui dis » : j’attends le retour des signes de la montagne sacrée ;

C’est la clameur claire qui clame la clef de la mer dans l’enclave d’une main humaine.

C’est pour deviner que le  Magicien  ausculte ton regard et ta demeure,

Administrant  son magistère de mixture et mystère magnétique.

C’est ton ombre qui sort de ta mort s’éloignant par ta voix ;

Il y a dans les ténèbres occultes un battement insistent sortant par la bouche de la lumière,

Ainsi tu arriveras à l’éternité séduite par un moment simultanée ;

Il est su, la science dans son cristal et chrysalide des calculs claires n’atteint pas le miracle ;

Cependant  la mer est cette pensée qui croît dans l’adolescence des sons,

Entends-tu respirer les morts en  Hiver ?

Rien ni personne est soumis à la connaissance pour toujours ; les idées sont des spectres livides,

Schémas abstraites de l’amer méridien des cadavres ;

    La vérité, s’il y a une, est dans la semence de la voix ; celle-ci vient du feu qui navigue

Mort dedans et persiste dans son destin  et exil ;

Ainsi s’illumine l’incognito  des rues advenant, présage qui s’élève à la soif de la fleur occulte

Et naît dans  l’eau des miroirs contaminés.

Il est su ;

                 Elle traverse des fleuves, des villes, des époques, des larmes ; sans rêves, sans maître, sans dommages, en germe sous des heures sans distance.

 

Entends-tu ? Les ténèbres tombent sur le Sabbat des monstres,

      Nymphe de l’arôme qui passe 

Je sais que tu sors de l’ombre de mon corps

Je sais que tu espère, sépare, et dépasse l’émergence  du Citoyen de l’Oubli,

Cependant sa voix ne vieillit pas dans ma gorge.

 

C’est ainsi et sera ; Tu désir même après ta mort celle que tu aime

 Tu continueras le souvenir  de la pyramide nocturne de l’arbre sacré

Tu sauveras le  brio de l’étoile révoltée  

Tu rédimeras la solitude nue de l’œil maritime

Tu maîtriseras le métier matinal du syllabaire  et  de la prophétie

       Du néologisme et du balbutiement :

Passager de ton destin ; Je suis est un agrégat des fragments.

N’oublies pas ; la larme glisse par les bras de la nuit

Le poème vient manger dans les lignes de ta main

Le monde est actuel, la beauté convulse

La lune se dénude dans les sables lentes de la mort

Tu écris poursuivi par la dernière vague suspendue dans l’instant.

 

C’est le chaos qui culmine dans le comble calmé de la création en calme

C’est la mer qui saigne par ses quatre côtés

La poésie s’ouvre dans le fruit de la lune perdue au milieu d’une phrase

C’est l’heure de l’oraison qui demande à une autre heure le pain de chaque jour

Il faut sauver la larme qui souffre seule  au milieu de l’océan

Tu attends que le hasard libère les hémisphères captifs

Nous attendons l’insurrection générale des âges

Un jour tu viendras dans l’enfance de la parole

Un jour tu viendras dans le navire égaré au centre de ton regard

Un jour tu diras : »  voici la mer par les côtes de tes lèvres somnambules »

Un jour tu seras le secret astrologique qui obéit à cette voix intérieure de larme et science occulte

Je sais que tu t’attends en moi ; nous sommes le mystère du hasard dans l’espace de l’espèce :

Entends-tu la rumeur de tes artères ?

C’est la musique des cheveux qui le poussent à la planète dans la tombe d’une étoile

C’est la raison intangible d’une nonne momifiée dans sa chasteté

C’est le voyageur vêtu de rouge qui traverse des millénaire déguisé en son

C’est le prodige qui tarde à venir

 

Tu chantes et raconte et en chantant tu entends la mer ; tu sais que la lune doute

Entre las sanglots de la mariée et l’arrogance taciturne du séducteur :

Dieu observe une prudente neutralité.

L’amour est un empire désert ; c’est les yeux qui choisissent les ténèbres de l’inévitable

  Désenchantement ; l’espoir se nourrit avec les loques de la mort.

 

C’est l’anxiété d’être ce que nous somme, la vive évidence de notre finitude,

    Voyageur en fin d’un sans fin de confinements en fin tu te libère du signe, du sang, du destin,

De l’ombre du paradis,

En fin tu sais que tu commence à exister dans une larme de ta solitude inaccessible,

En fin de toutes les fins c’est une autre fin dans un autre temps dans autre espace,

C’est l’heure, en fin tu émerges depuis la crypte de ta voix marine

Je suis et je ne suis pas où je suis ; Tu t’attends dans l’absence de mon retour.

 

Je sais, aujourd’hui, que je suis celui qui je suis que tu es

Tu dialogue avec moi, je me vois dans le miroir  de tan main hypnotisée.

En fin je crois être celui que tu  Es 

 

Des fois ta voix ouvre le répertoire de ton regard,

   Tu  entends le bruit subtil d’une clef rouillée dans une autre planète,

Tandis qu’une houle minuscule sanglote en haute-mer.

Du cimetière marin du nom, du numéro, du divin anonyme,

    De la pluie latérale qui pleure dans la plaine.

 

Je dis, oui ! Que le cheval se sépare de son ombre

Que l’iceberg du dernier naufrage dérive par les yeux des naufragés,

À l’intérieur la lune prêche en vain et pourrit dans les reflets des miroirs

Je suis cet inconnu qui chemine à l’aube par ta voix

Je suis celui qui te demande par las pages de la mer ;

Volonté du rythme, de forme, de larme, de clameur,

Là où commence  la mer à la même distance de la mort,

Condamnée  à l’icône onirique d’un rite nocturne.

 

D’autres adorent des satrapes de violence lépreuse

D’autres la main perverse qui caresse  l’horizon

D’autres l’unique larme qui glisse par la rumeur blonde d’une colombe

Ne bouge pas, sinon la mer prendra sa pose

  Qu’il soit ce qu’il soit que soit ;

     C’est toujours trop tard,

La rose  diurne dort occulte dans l’éclair,

Des nombres anonymes cherchent dans son parfum un endroit plus clément

Pour sa brièveté  éblouie.

 

Quelque chose de perdu ! La triste beauté d’un son à l’aube.

 

Eros monstre délicat émet des râles létaux et des yeux embués

      Humectant des orgasmes migrants.

Le coït est la parodie du crime.

 

Maintenant

                        Elle  se dévêt dans la main de l’instant,

Une larme somnambule glisse et change d’hémisphère.

L’amour  c’est l’étonnement de la mort d’être vivante

 

La beauté est excessive ; venin qui nous multiplie dans un corps qui disparaît ;

   L’infini commence dans la péninsule extrême du désir

Démiurge Démon Domination

Rosée de la glose, la grâce et le » chiffre

Laissez les nombres à l’intempérie de la vertu,

Donnez-moi la quantité orpheline,

Un ciel délinquant et une mer conspiratrice,

Donnez-moi cette voix sans circonstances atténuantes

Il vaut mieux la dérive d’un bateau ivre qui agonise selon la loi des hallucinations

Que John Bull derrière son comptoir et Jimmy Coca-Cola et sa calculatrices

Deux eunuques mentaux négociant la circoncision du Christ

 

L’homme-moderne ? Un misérable pantin atteint de sagesse précoce

Toute l’évolution de l’homme esthétique traverse l’histoire humaine

       De l’homme-miroir à l’homme-Dieu

 

Entends-tu ?  Le poète est un Dieu. Ne chantez pas la pluie ! Faites pleuvoir 

            A  dit la sage Aymara

L’imagination c’est l’haleine d’une panthère mélangée avec du vin de  Crète conservée

            Dans un écran

Un tel marche dans mon cerveau et il a cru voir ce que tu a vu ;

      La rose unanime ;

                                       Celle-ci fleurit dans le poème, non dans le jardin, son lieu naturel

La clarté et l’argument viennent des autres yeux.

Poésie est la raison exaspérée dans le délire contrôlé.

Le grand ennemi de la poésie n’est pas le poème, ni le poète, mais, le poétique « admit »

La vérité  de l’art commence où finit la vérité de la vie.

Artiste ? Celui qui risque son destin dans son plaisir.

Le poète « inventionne » simulant dans la série continue des permutations

        Les structures sévères du syllogisme.

Créer les lois de la vraisemblance  implique créer un monde

    Que en-soi n’a pas de raison d’exister,

Mais que en essayant, l’essai devient sa nécessité de son existence.

 

Créationnes

                       Tu crées et crois ;  contre compte, contrechant, contredis, contre traduit

Les lois de la certitude.

L’œil-sage sort de chez lui en simulant savoir.

L’œil matelot dance le Tango avec l’étoile australe

La brise marinière passe en regardant les amants ;

Nœud de nombres noués dans le nœud muet a   un monde dénudé

Le regard est plus réel que l’objet regardé.

L’espoir augmente la mathématique de la coïncidence

La virtuelle vraisemblance vraie et vorace de l’œil et ses axiomes

 

Elle entre dans ton cerveau, elle  a dans ses yeux le rêve obsessif

       D’un paysage impossible

Elle se regarde regarder le regard toujours chaste de la mort

Elle se berce dans le regard toujours vaste de la vie

Elle toujours  Elle.

 

Version en espagnol :   En una lágrima cabe toda la sombra del paraíso de Orlando Jimeno Grendi.

 

Note biographique : 

Orlando Jimeno Grendi (Santiago, Chili, 1937), vit depuis les années soixante en Europe. Il est docteur en littérature hispano-américaine avec une thèse sur l'œuvre de Vicente Huidobo : la poétique du phénix (1989). Il est l'auteur de recueils de poèmes, éditions bilingues : Mandragore (1984), Le Masque de Perséphone (1989), L'Archipel de l'Insomnie (1998), Le Duende : Elégie à Federico García Lorca (2000), Elégie de septembre. Le 11 septembre 1973, Santiago du Chili (2003). Neruda, l'Océan s'appelle Pablo/El mar se llama Pablo (2004). Les portes de l'aube/Las Puertas del alba (2009).

 

 

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