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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

 

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Par Daniela Covo

 

  Parthenon2                                                                            Le Parthénon


            Elle avait gravi les marches des Propylées, quelque peu écrasée, intimidée, par la grandeur majestueuse de ses colonnes. Elle avait laissé à sa droite le petit temple d’Athéna Niké, se disant qu’elle y reviendrait par la suite, pressée qu’elle était de retrouver la pièce maîtresse, le Parthénon.

 

            Elle s’attendait à un monument grandiose, mais le choc vint tout de même. Dans la pureté de l’azur, surgissant d’une étendue pierreuse parsemée de tronçons épars d’anciennes colonnes, de stèles fracturées, de socles brisés, le Parthénon se dressait, à la fois imposant et aérien. Elle s’en approcha d’un pas que l’émotion, plus que la pente et l’inégalité du sol, faisait trébucher. Elle s’immobilisa à distance et s’abandonna à cette vue.

 

            A sa gauche, plus loin, elle reconnut l’Erechtéion et ses caryatides. Mais elle était incapable de bouger. Autour d’elle les touristes poursuivaient leur visite sans qu’elle s’en aperçût…

 

            Elle s’assit sur une pierre, sans quitter le Parthénon des yeux. Devait-elle attribuer l’émotion qui l’envahissait  à sa majesté, à sa puissance? Ou au contraire à sa légèreté, à l’équilibre et la pureté de ses lignes ? N’était-ce pas dû plutôt à ses vingt-cinq siècles d’existence ?

 

            Vingt-cinq siècles… ou cinquante ans ? L’enfant qu’elle avait été, petite fille de dix ans, avait gravi ces mêmes marches, foulé ces mêmes pierres, contemplé ces mêmes colonnes, ressenti le même émerveillement, cinquante ans plus tôt. Ses parents et elle visitaient alors la Grèce, berceau de leur famille. Le temps était passé et elle retrouvait ce site, tel qu’elle l’avait laissé, tel qu’il s’était perpétué dans son souvenir. Quelle différence, quel écart existait-il entre l’enfant qui gambadait lestement en ce lieu et découvrait un tel chef d’œuvre, et l’adulte actuel, à l’automne de sa vie, qui retrouvait intacte l’impression d’alors ?

 

            Immobile sur son siège improvisé, elle sentait son corps parcouru par le même élan qui l’avait habité jadis. Une barrière discrète interdisait à présent l’accès du Parthénon, autorisé naguère. Mais elle ressentait encore dans la paume de ses mains le contact froid et lisse du marbre qu’elle avait aimé toucher, caresser. Les arêtes du fût des colonnes doriques s’imprimaient encore dans sa peau…

 

             Rien chez elle n’avait donc changé ? Des études réussies, une profession intéressante, un mariage raté, des enfants dispersés, de beaux petits-enfants, de nombreux amis, des passions, des deuils, quelques succès, maints échecs… enfin, tout ce qui fait une vie… Qu’avait-elle acquis, qu’avait-elle perdu ?... Qu’était-elle devenue un demi-siècle après ? N’était-elle donc pas autre ?

 

Elle se leva lentement. Au lieu de poursuivre sa visite, elle se tourna et contempla la ville s’étirant jusqu’à la mer, au loin. La colline portait bien son nom : Acropole, la ville haute. En contrebas gisait la cité moderne, aussi blanche que l’ancienne. La ligne de l’horizon attirait son regard, délimitant le bleu pâle et lumineux du ciel et celui, plus soutenu, de la mer. Le soleil régnait en maître et donnait à la pierre une blancheur presque aveuglante. L’immensité du lieu était saisissante. Ici la Nature n’en imposait pas à l’homme, l’œuvre de celui-ci la surpassait.

 

Un souvenir lui revint alors brusquement. Cinquante ans plus tôt, en ce lieu précis, un oncle lui avait raconté que Zeus, devant choisir une divinité protectrice pour la ville, convoqua Poséidon et Athéna. D’un coup de trident sur le rocher, le premier fit jaillir une source d’eau salée. La seconde fit surgir un olivier, symbole de paix et de prospérité. C’est elle que Zeus choisit et son nom fut ainsi donné à la ville.

 

            A l’époque cette légende l’avait impressionnée, d’autant qu’un olivier poussait alors près du Parthénon, tout à côté d’une pierre creusée de trois trous… Elle avait ce jour-là ressenti fortement la présence palpable des deux dieux…

   

L’olivier et la pierre existaient-ils encore ? Peu importait. Athènes s’étendait sous ses yeux, le Parthénon se dressait toujours là, immuable. Elle était revenue, la boucle était bouclée. Sa vie pouvait poursuivre son cours. Athéna veillait. Elle savait à présent que l’âge n’altérerait pas en elle l’enfant qu’elle avait été.

Elle avait gravi les marches des Propylées, quelque peu écrasée, intimidée, par la grandeur majestueuse de ses colonnes. Elle avait laissé à sa droite le petit temple d’Athéna Niké, se disant qu’elle y reviendrait par la suite, pressée qu’elle était de retrouver la pièce maîtresse, le Parthénon.

 

            Elle s’attendait à un monument grandiose, mais le choc vint tout de même. Dans la pureté de l’azur, surgissant d’une étendue pierreuse parsemée de tronçons épars d’anciennes colonnes, de stèles fracturées, de socles brisés, le Parthénon se dressait, à la fois imposant et aérien. Elle s’en approcha d’un pas que l’émotion, plus que la pente et l’inégalité du sol, faisait trébucher. Elle s’immobilisa à distance et s’abandonna à cette vue.

 

            A sa gauche, plus loin, elle reconnut l’Erechtéion et ses caryatides. Mais elle était incapable de bouger. Autour d’elle les touristes poursuivaient leur visite sans qu’elle s’en aperçût…

 

            Elle s’assit sur une pierre, sans quitter le Parthénon des yeux. Devait-elle attribuer l’émotion qui l’envahissait  à sa majesté, à sa puissance? Ou au contraire à sa légèreté, à l’équilibre et la pureté de ses lignes ? N’était-ce pas dû plutôt à ses vingt-cinq siècles d’existence ?

 

            Vingt-cinq siècles… ou cinquante ans ? L’enfant qu’elle avait été, petite fille de dix ans, avait gravi ces mêmes marches, foulé ces mêmes pierres, contemplé ces mêmes colonnes, ressenti le même émerveillement, cinquante ans plus tôt. Ses parents et elle visitaient alors la Grèce, berceau de leur famille. Le temps était passé et elle retrouvait ce site, tel qu’elle l’avait laissé, tel qu’il s’était perpétué dans son souvenir. Quelle différence, quel écart existait-il entre l’enfant qui gambadait lestement en ce lieu et découvrait un tel chef d’œuvre, et l’adulte actuel, à l’automne de sa vie, qui retrouvait intacte l’impression d’alors ?

 

            Immobile sur son siège improvisé, elle sentait son corps parcouru par le même élan qui l’avait habité jadis. Une barrière discrète interdisait à présent l’accès du Parthénon, autorisé naguère. Mais elle ressentait encore dans la paume de ses mains le contact froid et lisse du marbre qu’elle avait aimé toucher, caresser. Les arêtes du fût des colonnes doriques s’imprimaient encore dans sa peau…

 

             Rien chez elle n’avait donc changé ? Des études réussies, une profession intéressante, un mariage raté, des enfants dispersés, de beaux petits-enfants, de nombreux amis, des passions, des deuils, quelques succès, maints échecs… enfin, tout ce qui fait une vie… Qu’avait-elle acquis, qu’avait-elle perdu ?... Qu’était-elle devenue un demi-siècle après ? N’était-elle donc pas autre ?

 

Elle se leva lentement. Au lieu de poursuivre sa visite, elle se tourna et contempla la ville s’étirant jusqu’à la mer, au loin. La colline portait bien son nom : Acropole, la ville haute. En contrebas gisait la cité moderne, aussi blanche que l’ancienne. La ligne de l’horizon attirait son regard, délimitant le bleu pâle et lumineux du ciel et celui, plus soutenu, de la mer. Le soleil régnait en maître et donnait à la pierre une blancheur presque aveuglante. L’immensité du lieu était saisissante. Ici la Nature n’en imposait pas à l’homme, l’œuvre de celui-ci la surpassait.

 

Un souvenir lui revint alors brusquement. Cinquante ans plus tôt, en ce lieu précis, un oncle lui avait raconté que Zeus, devant choisir une divinité protectrice pour la ville, convoqua Poséidon et Athéna. D’un coup de trident sur le rocher, le premier fit jaillir une source d’eau salée. La seconde fit surgir un olivier, symbole de paix et de prospérité. C’est elle que Zeus choisit et son nom fut ainsi donné à la ville.

 

            A l’époque cette légende l’avait impressionnée, d’autant qu’un olivier poussait alors près du Parthénon, tout à côté d’une pierre creusée de trois trous… Elle avait ce jour-là ressenti fortement la présence palpable des deux dieux…

 

               L’olivier et la pierre existaient-ils encore ? Peu importait. Athènes s’étendait sous ses yeux, le Parthénon se dressait toujours là, immuable. Elle était revenue, la boucle était bouclée. Sa vie pouvait poursuivre son cours. Athéna veillait. Elle savait à présent que l’âge n’altérerait pas en elle l’enfant qu’elle avait été.



                                                             Retorno

                                                      Por Daniela Covo

Atenas                                                                                                  Atenas

            Había escalado las gradas de los Propileos algo agobiada, intimidada por la grandeza de sus columnas. Había dejado a su derecha el pequeño templo de Atenea Niké, diciéndose que volvería más tarde, apresurada por reencontrar la obra fundamental, el Partenón.

            Se esperaba a ver un monumento grandioso, pero el choque se produjo de todos modos. Bajo la pureza azul del cielo, surgiendo en medio de una extensión pedregosa, sembrada de trozos dispersos de antiguas columnas, de estelas fracturadas, de zócalos rotos, se erguía el Partenón, imponente y aéreo a la vez. Se acercó, insegura, no tanto por la inclinación y la irregularidad del terreno, sino por la emoción que la invadía. Se inmovilizó a cierta distancia y se dejó llevar por lo que veía.

            A su izquierda, más lejos, reconoció el Erecteión y sus cariátides. Pero era incapaz de moverse. Los turistas proseguían la visita a su alrededor sin que se percatara de ello…

            Se sentó sobre una piedra, la vista fija sobre el Partenón. ¿Debía atribuir esta emoción a su majestad, a su potencia? ¿O, al contrario, a su levedad, al equilibrio y a la pureza de sus líneas? ¿No era esta sensación debida más bien a sus veinticinco siglos de existencia?

            ¿Veinticinco siglos… o cincuenta años? Niña aún, con diez años de edad, había escalado esas mismas gradas, hollado esas mismas piedras, contemplado esas mismas columnas; y se había sentido igualmente maravillada, cincuenta años antes. Sus padres y ella visitaban Grecia entonces, origen de su familia. El tiempo había pasado y reencontraba el lugar tal cual lo había dejado, tal como su recuerdo se había perpetuado en su memoria. ¿Qué diferencia, qué distancia existía entre la niña que brincaba ágilmente sobre esas piedras y descubría una tal obra de arte, y la adulta actual, en el otoño de su vida, que reencontraba intacta la impresión de entonces?

            Inmóvil sobre su improvisado asiento, sentía su cuerpo habitado por el mismo ímpetu de otrora. Una barrera discreta prohibía actualmente el acceso al Partenón, autorizado antaño. Pero en sus manos seguía viva la sensación del contacto frío y liso del mármol, que había entonces amado tocar, acariciar. Sus palmas sentían aún las aristas del fuste de las columnas dóricas imprimiéndose en la piel…

            ¿Nada había acaso cambiado en ella? Diplomas universitarios, una profesión interesante, un fracaso matrimonial, los hijos dispersos, hermosos nietos, numerosos amigos, pasiones, duelos, algunos éxitos, varios fracasos… en fin, todo lo que constituye una vida… ¿Qué había ganado, qué había perdido?... ¿Qué era de ella medio siglo después? ¿No era acaso distinta?

            Se levantó lentamente. En vez de continuar su visita, giró sobre sí misma y contempló la ciudad que se extendía hasta el mar, a lo lejos. El nombre de la colina era el adecuado: Acrópolis, la ciudad alta. Abajo yacía la ciudad moderna, tan blanca como la antigua. La l nea del horizonte atraía su mirada, delimitando el azul claro y luminoso del cielo, de aquél más oscuro del mar. El sol dominaba el conjunto y tornaba casi enceguecedora la blancura de la piedra. La inmensidad del lugar impresionaba. Aquí la Naturaleza no se imponía al hombre, la obra de éste la superaba.

            Un recuerdo volvió entonces de golpe a su mente. Cincuenta años antes, en ese lugar precisamente, un tío le había contado que Zeus, al deber elegir una divinidad protectora de la ciudad, había convocado a Poseidón y a Atenea. De un golpe de tridente sobre la roca, el primero había hecho brotar una fuente de agua salada. La segunda había hecho surgir un olivo, símbolo de paz y de prosperidad. Zeus la eligió a ella y su nombre fue así dado a la ciudad.

            En esa época la leyenda la había impresionado, más aún cuanto un olivo crecía entonces junto al Partenón, muy cerca de una piedra que tres huecos perforaban… Ese día había sentido intensamente la presencia palpable de los dos dioses…

          ¿El olivo y la piedra existían aún? Poco importaba. Atenas se extendía ante sus ojos, el Partenón seguía allí erguido, inmutable. Había regresado, el círculo se había cerrado. Su vida podía seguir su curso. Atenea velaba. Sabía ahora que a pesar del tiempo permanecería siempre en ella la niña que había sido.

                                                           Suite  : Nouvelle : Le coup de fil écrit par Daniela Covo  


Parthenon                                                                                          Le Parthénon


Danièle Covo est née à Buenos Aires, Argentine, en Décembre 1942, et y a vécu jusqu’à l’âge de ses études universitaires. De famille européenne, parlant le français à la maison, elle a  par la suite vécu et travaillé à Paris. Elle a donc, depuis toujours, maîtrisé aussi bien l’espagnol que le français (au point qu’elle-même est incapable de dire laquelle de ces deux langues est sa langue maternelle…). Bien que l’écriture l’ait accompagnée tout au long de sa vie, elle s’est consacrée à son métier de psychologue et psychanalyste. C’est au terme de sa carrière professionnelle qu’elle envisage à présent de revenir à cet amour d’enfance qu’a toujours représenté pour elle l’écriture. A quinze ans, un de ses textes a été publié en anglais aux USA, alors qu’elle y séjournait pour des raisons médicales. Une de ses nouvelles (« Tango ») est parue en français et en espagnol dans Vericuetos de Mars 2010. Cette nouvelle, inspirée d’un tableau de son ami le peintre Alvaro Valbuena, ouvre d’ailleurs et donne son titre à un recueil de quatorze nouvelles qu’elle s’apprête à publier, et où le narrateur des histoires contées est un « autre » - pas, en tout cas, celui qui est attendu dans la vie « réelle »... Les trois nouvelles qui apparaissent ici ne figurent pas dans ce recueil.

 

 

Daniela Covo nació en Buenos Aires, Argentina, en Diciembre del 1942, y vivió allí hasta entrar en la universidad. Su familia siendo de origen europeo, el idioma hablado en la casa era el francés. Más tarde vivió y trabajó en París. Dominó pues siempre tanto el español como el francés (a tal punto que ella misma es incapaz de decir cuál de esos dos idiomas es su lengua materna…). Aunque la escritura la haya acompañado todo a lo largo de su vida, se consagró a su profesión de psicóloga y psicoanalista. Hoy, al término de su carrera profesional, vuelve a reencontrarse con ese amor de infancia que siempre ha sido para ella la escritura. A los quince años de edad uno de sus textos fue publicado en inglés, en los Estados Unidos, donde residía por razones médicas. Uno de sus cuentos (“Tango”) fue publicado en francés y en español en Vericuetos de Marzo del 2010. Inspirado de un cuadro de su amigo, el pintor Alvaro Valbuena, encabeza el libro de cuentos así intitulado que se dispone a publicar. En él el narrador es “otro” – en todo caso no es el que uno se espera en la vida “real”… Los tres cuentos publicados aquí no figuran en ese libro.

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