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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

Le coup de fil

                 Par Daniela Covo

 

Attente

            Il arriva au café en avance, inspecta la salle et choisit une table d’où il pouvait à la fois surveiller l’entrée et la grande horloge au mur au-dessus du comptoir.

           

            Il avait une heure à attendre. Il comptait confusément sur la matérialité de l’environnement pour dissiper pendant cette heure l’impression d’irréalité qui l’envahissait depuis le coup de fil. Comme si la vue de ces hommes et femmes, de cet intérieur banal de café de quartier, le son étouffé des voix, le choc léger des tasses sur les soucoupes, des verres sur le comptoir, devaient le rendre à la réalité quotidienne. Sentiment de réalité mis à mal depuis le coup de fil…

 

            Le coup de fil de son père… Son père, ç’avait toujours été pour lui, jusque là, l’homme qui partageait la vie de sa mère et la sienne propre depuis ses trois ans. Il ne savait comment cela lui avait été présenté, mais il lui semblait l’avoir accepté depuis toujours, tout naturellement.

 

            L’autre, le géniteur, il ne s’en était jamais soucié. Il n’y pensait pas, il ne faisait pas partie de son histoire. Du moins l’avait-il cru. Mais il avait suffi d’un appel, d’une proposition de rendez-vous… et voilà que cette rencontre imminente le bouleversait.

 

             Il s’en voulait. Qu’était-ce pourtant que cet homme, autrement qu’un porteur de gamètes, l’auteur occasionnel, avec sa mère, d’une fusion de cellules ? Un simple fait biologique, un accident de la nature… Il en était le résultat, il est vrai. Mais ce n’était pas ce fait-là qui l’avait formé, façonné, constitué dans ce qu’il était devenu en tant qu’homme, vingt-deux ans après.

 

            Les yeux fixés sur la porte d’entrée, il ne vit pas le serveur s’approcher. Sa voix le fit sursauter.

 

-      Vous désirez ?...

-      Un café –bredouilla-t-il sourdement.

 

         Les aiguilles de l’horloge tournaient lentement. Il respira profondément, s’appuya sur le dossier en skaï de sa banquette. Oui. Il avait vingt-deux ans. Il était un homme à présent. Il ferait le poids certainement face à ce septuagénaire inconnu, un vieil homme quasiment…

 

            C’est à peu près tout ce qu’il savait de lui, ce que sa mère avait bien voulu lui dire. Elle s’était beaucoup troublée lorsqu’il lui avait fait part du coup de fil. Elle ne s’était pas opposée à cette rencontre, n’en avait pas été heureuse non plus. Tout comme son père, l’autre, le faux… Le « faux » ! L’idée le fit rougir de honte. Il ne l’avait jusque là jamais considéré comme tel.

 

            Le serveur posa le café sur la table. Il s’empressa de le payer. Il ne voulait rien avoir à accepter de celui qu’il attendait.

            Il attendait qui, au fait ? Une foule de questions informulées, enfouies au fond de lui, remontaient confusément à la surface. Elles plombaient sa pensée, basculant son existence depuis le coup de fil dans un état d’attente anxieuse.

 

            Un homme grand, aux cheveux grisonnants, au visage marqué, franchit l’entrée. Son cœur se mit à battre plus fort. L’homme regarda autour de lui, reconnut une jeune femme assise à une table, sourit et s’approcha d’elle. Il soupira, soulagé. L’horloge au-dessus du comptoir indiquait d’ailleurs plus d’une demi-heure à attendre.

 

            Son regard se posa malgré lui sur l’homme mûr et la jeune femme. L’âge de ses géniteurs, certainement, lorsqu’ils le conçurent. Etait-ce ainsi que cela s’était produit ? Un homme mûr, la cinquantaine ; trop mûr pour une jeune femme encore très jeune. Ces deux-là se souriaient, ne se quittaient pas des yeux. En avait-il été ainsi avec ses géniteurs ? Cette idée, pourtant banale, le troublait. Elle le dérangeait même. Comme s’il eut mieux valu qu’il n’y ait pas eu d’amour entre eux, pas de désir. La notion froide et technique d’un accouplement, d’un simple phénomène biologique lui convenait davantage.

 

            Sa détermination chancelait. Le café refroidissait dans sa tasse. Il y trempa les lèvres, se demanda s’il ne valait pas mieux partir. Laisser là cette folle idée de rencontre, de retrouvailles. Pourquoi faire ? Lui n’avait rien demandé, jamais. Ni à voir cet homme, ni à en savoir plus sur lui, ni au départ à naître, d’ailleurs ! C’est « l’autre » qui était à l’origine de tout cela, c’était son affaire à lui, pourquoi y consentirait-il ? Oui, il était encore temps. Son café était payé ; il se lèverait et partirait.

 

            Il n’en fit rien. Il était incapable de bouger de sa banquette. Sa tête se vidait, son corps s’engourdissait. Il se demanda s’il ne s’endormirait pas là même, dans les bruits familiers et l’odeur de fumée… L’heure avançait, et il ne savait plus très bien pourquoi il était là…

 

            Le couple aux âges mal assortis avait disparu. L’idée le traversa qu’ils faisaient sans doute l’amour quelque part, qu’ils mettaient en route un enfant…

 

            Cette idée, ou peut-être le besoin naturel pressant qui brusquement le saisit, le fit réagir. Plus que dix minutes… Il le verrait bientôt arriver, un parapluie à la main, un journal sous le bras. Lui-même portait un pull rouge à col roulé. C’était la consigne convenue. Il se dit qu’il devait impérativement soulager son besoin. Une telle gêne, au cours de la rencontre, serait d’un ridicule insurmontable. Il avait encore le temps. Il se leva, prit l’escalier du sous-sol.

 

            A son retour, son regard fut immédiatement attiré par un homme de dos, assis à une table. Manifestement, il surveillait l’entrée. Un homme âgé. Sur la table, bien en évidence, un journal et un parapluie.

 

            Il resta un instant immobile, soudainement apaisé. Puis il se dirigea vers l’homme d’un pas assuré.

 

 

La llamada telefónica

                                                                                           Por Daniela Covo

 

cafe cigarette

            Llegó adelantado al café, inspeccionó la sala y eligió una mesa desde la cual podía observar a la vez la puerta de entrada y el gran reloj de la pared detrás de la barra.

            Tenía una hora de espera aún. Contaba confusamente con la materialidad del entorno para disipar durante esa hora la impresión de irrealidad que lo invadía desde la llamada telefónica. Como si la vista de aquellos hombres y mujeres, de aquel café como tantos, junto con el sonido ahogado de las voces, el ligero choque de las tazas sobre los platillos, de los vasos sobre la barra, debieran devolverlo a la realidad que la llamada telefónica había trastornado…

            La llamada de su padre… Su padre había sido siempre hasta entonces el hombre que compartía la vida de su madre y la suya propia desde sus tres años de edad. No sabía cómo le habían presentado el asunto, pero le parecía haberlo aceptado desde el principio, con toda naturalidad.   

            Del otro, el genitor, no se había preocupado nunca. No pensaba jamás en él, no formaba parte de su historia. Al menos es lo que había creído. Pero había bastado una llamada, y la proposición de una cita… y he aquí que este encuentro inminente lo perturbaba.

            Se lo reprochaba a sí mismo. ¿No era al fin de cuentas aquel hombre más que un portador de gametos, autor ocasional, junto con su madre, de una fusión de células? Un simple hecho biológico, un accidente de la Naturaleza… Su existencia resultaba de ello, es verdad. Pero no era ese acontecimiento lo que lo había formado, constituido, hecho de él lo que era hoy, veintidós años después.

            Los ojos fijos sobre la puerta de entrada, no vio acercarse el camarero. Su voz lo sobresaltó.

-          ¿Desea…?

-          Un café –balbuceó con voz sorda.

Las agujas del reloj giraban lentamente. Respiró hondo, se apoyó contra el respaldo de eskay de la banqueta. Sí; tenía veintidós años. Ya era un hombre. Podría ciertamente hacer frente a aquel septuagenario desconocido, un anciano prácticamente… 

            Era aproximadamente todo lo que sabía de él; lo único que su madre había consentido en decirle. Ella se había turbado mucho cuando le habló de la llamada telefónica. No se había opuesto al encuentro, ni tampoco alegrado de ello. Lo mismo su padre, el otro, el falso… “¡Falso!” Se sonrojó de vergüenza ante esa idea. Hasta ahora nunca lo había considerado como tal.

            El camarero puso el café sobre la mesa. Se apresuró en pagarlo. No quería tener que aceptar nada del hombre que esperaba.

            ¿A quién esperaba en realidad? Una multitud de preguntas sin formular, hundidas en lo más profundo de su ser, remontaban confusamente a la superficie. Invadían su pensamiento, transformando su existencia desde la llamada en un estado de espera ansiosa.

            Un hombre alto, de cabellos grises, de acentuados rasgos, franqueó la puerta de entrada. Su corazón latió más fuerte. El hombre echó una mirada a su alrededor, reconoció a una joven sentada en una mesa, sonrió y se acercó a ella. Suspiró, aliviado. El reloj detrás de la barra indicaba por otra parte más de media hora de espera.

            Su mirada, a pesar suyo, se fijó en el hombre maduro y en la joven mujer. La edad de sus genitores, seguramente, cuando lo concibieron. ¿Era así que habían sucedido las cosas? Un hombre maduro, de unos cincuenta años; demasiado maduro para una joven, muy joven aún. Aquellos dos se sonreían, no dejaban de mirarse. ¿Había sido lo mismo con sus genitores? Que así fuera, cosa natural sin embargo, lo perturbaba. Más aún, lo molestaba. Como si hubiera sido preferible que no hubiera existido amor entre ellos, ni deseo. La noción fría y técnica de un acoplamiento, de un simple fenómeno biológico le convenía mejor.

            Su determinación vacilaba. El café se enfriaba en la taza. Mojó en él sus labios, se preguntó si no sería mejor irse. Abandonar allí mismo esa loca idea de encuentro… de reencuentro. ¿Para qué? El no había pedido nada, nunca. Ni de ver a ese hombre, ni de saber algo de él; ¡ni siquiera había pedido nacer! Era “el otro” que había originado todo este asunto, el problema era de él, ¿por qué habría de sentirse concernido? Sí, aún estaba a tiempo. Habia pagado su café; se levantaría y partiría.

            No lo hizo. Era incapaz de moverse de su banqueta. Tenía la cabeza embotada, el cuerpo entumecido. Se preguntó si no se quedaría dormido allí mismo, en medio de los ruidos familiares y del olor de cigarrillo… La hora corría y ya no sabía muy bien por qué se encontraba allí…  

            La pareja de edades dispares había desaparecido. Le cruzó por la mente la idea de que hacían sin duda el amor en algún lado, de que ponían un niño en camino…

            Este pensamiento, o tal vez la urgente necesidad natural que lo acosó bruscamente, lo hicieron reaccionar. Faltaban sólo diez minutos. Pronto lo vería llegar, un paraguas en la mano, un diario debajo del brazo. El, por su parte, vestía un jersey rojo de cuello alto. Era la consigna convenida. Se dijo que debía imperativamente aliviar su necesidad. Una molestia tal, durante el encuentro, sería insoportablemente ridícula. Estaba a tiempo todavía. Se levantó, bajó por las escaleras al sub-suelo.

            Al volver, su mirada fue inmediatamente atraída por un hombre de espaldas, sentado en una mesa. Manifiestamente, vigilaba la entrada. Un hombre de edad. Sobre la mesa, bien a la vista, un periódico y un paraguas.

            Permaneció un instante inmóvil, súbitamente calmado. Luego se dirigió hacia el hombre con paso resuelto.

                                                                     Suite  :  Nouvelle : Le Partage écrit par Daniela Covo


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