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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

 

 

La patrie 

 

La patrie

est un café

à celui qui descend,

sous un fracas de pluie,

frissonnante

en pleine lumière

d’archange suburbain,

fleurie de châtaignes,

éveillée par augures

et urgence métaphysique.

 

Changer cet absurde

troupeau de la peine

Pour des clins d’œil et des lampes à huile,

Vérité mourante,

paraboles de muses

et de voyageurs,

ou m’aider à traverser

à travers le sien,

sauver du sud au nord

les barriques.

 

  Jusqu’à l’heure incertaine

où gravite

l’aurore de l’absence

entre ses lèvres,

et la brume de l’amour

fermente les silences ;

dans le dépôt

d’une tasse à café

abandonnée.

   



La mer

« On ne se souvient pas des jours,

on se souvient des instants.

Cesare Pavese

 

 

Elle donna à la mer

sa lumière

la chanson de gondolier,

et le plaisir de la terre

fit frémir mes os

hérissant mon sang

comme un grand raz de marée

de feu et de grelots.

 

Depuis lors

tes mains frappèrent

à ma porte,

comme une exaltation

un exorcisme,

une envolée de doutes

migratoires

une oscillation d’amour

à l’hiver.

 

Elles appartiennent à l’été

mes heures les plus silencieuses

mes oublis publics

et Aphrodite était à peine

une statue dans le parc,

Quand n’accouraient pas à moi

ton corps et ton destin.

 

C’est clair,

vivre est simplement

une raison,

et un labyrinthe,

prison de minotaures

sable calciné

précipitant les pas,

oasis transparente

au fil de l’abîme.

 

La couleur est un mode

de transposition de la nuit

Et la peau, le beaume

suprème du délire,

une empreinte d’étoiles,

une clameur métaphysique.

 
Les heures mauvaises cherchent

à pétrifier la peine.

 

Et mon allégresse dort

impassible dans l’herbe.

 
                                                  Sergio Manganelli.

 

                                                                                              Traduction  par Anne Marie Brenot 




                                                Lundi

  
                                                                                                                                                          
            
 L'eau court sur les trottoirs comme rayons de lumière entre les pas.C'est lundi et il pleut, mauvaise conjonction, malgré le café et la cannelle. La vitrine est gelée, embuée des vapeurs humaines, de mots lâchés au comptoir. De la bouffée grise que renverse une cigarette saignée de rouge, sur la table d’en face. Une vapeur insipide. Des tasses à café où fume sa légèreté d'automne. Un ciel sans couleurs. Un sourire à peine dilué en courtoisie. Le journal dit toujours ce que nous ne désirons pas. Le sucre est insuffisant. Les gouttes fondent leur transparence dans l'asphalte, et chaque goutte qui carillonne est une nouvelle bulle, immédiate, fugace. Comme les heures. Les colombes qui traversent la bruine. Une cuillerée de crème ne serait pas de trop. Girondo se tord dans mon porte-documents, mord les feuilles d'une anthologie aussi pauvre que cette « matinée » de cinéma muet. Un jour de la vie pour être n’importe où sauf parmi cette collection de naufragés. Après tout, il ne sait pas non plus voler. Les mots que je n’ai pas dits s’échappent du papier. L'anxiété, le purgatoire des inquiètes âmes. Un parfum de cannelle. La « birome [1]» n'écrit pas par elle- même. Verbes qui sont des éclats sous les pieds déchaussés. La blonde tourne et reste saisie à l'infini, elle a le regard triste, et cloué qui ne sait pas voler. Dans un autre hémisphère de la vie, Neptune se met devant Mars, et ses yeux marins déshabillent la tendresse. C'est une absence de corps présent. L'horoscope suggère pour le signe du Poisson : Carpe Diem, et il l'explique avec une légèreté qui irrite. Les gens savent peu d’eux-mêmes. Jeux de miroirs, vains labyrinthes parcourus lentement. L'amour aura aussi sa plus-value. Capsules de silence. La boussole marque un nord erroné. Mille sept cents milles à l'orient de la raison il y a un port où je trouve un abri. Comment survivre dans un monde si logique. L'utopie se débat entre la magie et l'arithmétique. Sortons dans la rue vêtus de sophisme.

 

Sa joie avec un pronostic réservé. Elle finit d'amarrer mon bateau à un siècle quelconque, et je ne pense pas revenir. Cela ne ressemble en  rien à une taverne. Autre café, peut-être celui-ci contient-il la clé du mystère. Quelqu'un étend un salut à mon ombre. Il ne peut pas me voir derrière le rideau. La dame fait faire le signe de croix à la fillette, elle achève de lui creuser la cervelle avec une devinette.

 

Tout le monde se plaint du temps. Personne ne veut se mouiller la conscience. Peut-être la sincérité est-elle une vertu même si pour certains, elle leur semble violente. Je suis si convaincu de mes erreurs que je les défends avec la plus grande maladresse. Quel manque de sens pratique, c’est incurable. Il se peut qu’un jour je me fatigue d’être comme je crois que je suis et que je devienne définitivement une proposition. Le bonheur est simplement une goutte d’eau dans les flaques du dehors. La panique nous les fait franchir en sautant. En tout cas, se tromper est une fonction vitale. Le cœur supporte tout, excepté la tranquillité. Quand quelque chose t’émotionnera, cours vers le téléviseur, cela fait mal durant quelques secondes à peine, et ne repasse plus dans cette rue. L'Inquisition moderne brûle les lettres d’amour et construit des cathédrales à l’incommunicabilité collective. Chaque chose dans son casier. L'ordre avant tout. Que deux plus deux donne toujours le même résultat quadrupède. J'ai des poèmes comme autant de Chevaux de Troie, ne les laisse pas entrer. Le type de la table d'à côté éteint la cigarette cinq cents et décide de sortir. Il achève d’envelopper sa peine dans un mouchoir. Je me demande, s'il pleut aussi un peu plus au Sud, sûrement. J'imagine la phrase, les idées de la désolation. Un maître loue un coteau dans le Ciel, valable pour n'importe quelle destinée, capacité pour six cents livres, grand lit et balcon sur la Terre. Pécheurs de vanité, s'abstenir. Faisons l'amour et non la guerre, malgré les Harrier qui tombent en piqué.

 

Un laboratoire reconnu des États-Unis vient de découvrir une drogue pour la sûreté émotionnelle, avec ce vaccin, tous auront résolu la question. Rien de plus sûr que de ne pas sentir. Demain Mars s'imposera au Dieu de la Mer, et la colère du ciel tombera sur tous les mortels pris au dépourvu. Je construis des ponts suspendus à rien, je suis un piètre ingénieur.

 

Je déteste la géométrie, j’aime les éléments purs de la chimie, s'il te plaît ne respire pas près de mon oreille. Il serait bon savoir dans quel lieu le soleil s’est caché, ce matin. Un navire d'outre-mer croise le méridien fragile du désir. Je manque de volonté pour un autre café.

 

Le téléphone, cette mauvaise habitude. L'horloge est l'ancre du monde de la bienséance. Je ne peux rien dire par crainte de comprendre quelque chose. Ou peut-être, ma  frayeur suprême est dire quelque chose et de ne rien comprendre. En cas d'urgence,  cassez le verre.

 

Mais c’est clair, la vie n'est pas une partie d'échecs, et si cela était,  je donne le roi avec toutes ses armées, je me déclare échec et mat à vie, en honneur à cet instant de déroute triomphale et humaine nommée sentiment.

 

 Carpe Diem.
           

                                                                                       Sergio-Manganelli.jpg      Sergio Manganelli



[1] Birome, vocable utilisé en Argentine et en Uruguay pour bolígrafo (stylo).


                                                                                                                              Traduit par Efer Aocha

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