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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

                                        Voltaire 

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Publié par VERICUETOS

Conte : Cette espèce de maison close
 
Par Gabriel Uribe Carreño
 
 
-Tu te rends compte comme ils sont ? Ils ignorent la beauté qui les entoure, il ne font attention à rien, ni au ciel si dégagé, ni à la mer si calme, à rien.
-Ils ont l’habitude.
-A ce point ? Alors ça veut dire que l’habitude, c’est la mort.
 
Tous deux étaient plutôt grands. Elle était énergique mais parlait avec beaucoup de délicatesse. Lui, vraiment jeune, le corps athlétique, musclé, avec un rire joyeux qui découvrait des dents blanches bien alignées dans sa grande bouche. Mais il parlait peu. Non qu’il parle moins, mais il ne gaspillait pas les mots. Parfois, il ne parlait que parce qu’il devait répondre. Elle, par contre, ce n’est pas qu’elle parle plus, mais lorsqu’elle parle, à son ton, au rythme qu’elle imprime aux mot, elle donne l’impression d’en dire plus. Tous deux sont vêtus à la manière désinvolte des jeunes de la capitale.
 
-Ils ont raison de l’appeler Playa Blanca, cette plage, c’est tout.
-Il y a d’autres choses magnifiques aussi.
-Oui, mais tout cela, sans la plage, n’aurait pas la même valeur.
-C’est vrai.
-De quelle couleur est le sable ?
-Très clair.
-Mais il n’est pas blanc.
-Ah, non, s’il était blanc, ce serait de la chaux, pas du sable.
-Il est couleur sable.
-Il est couleur sable, mais sur une plage blanche.
 
Tous deux travaillent dans la même entreprise, dans la capitale, mais ils ont toujours la même apparence que lorsqu’ils étaient étudiants. Ils viennent juste de se marier et ils font ce voyage car le voyage de noces qu’ils ont fait il y a à peine quelques mois leur a paru trop court. En plus, après toute l’agitation de la noce, l’autre paraissait obligatoire. Ce voyage en revanche est fait en toute conscience, non par convention mais par envie, c’est un voyage qu’ils désiraient faire, une escapade loin de tout et de tous. Ils avaient enfin pu le faire. Ils voulaient aller dans un endroit où ils ne risquaient pas de rencontrer des gens qu’ils connaissaient, et ils avaient réussi. (Playa Blanca est un lieu presque secret.)
 
 
-Les gens sont tristes, tu ne trouves pas ?
-Mais non, ni tristes ni contents, ils sont comme ça.
-Comme ça…
-Mais oui, moi je crois que rien ne les inquiète, ils vivent au jour le jour.
-A chaque jour suffit sa peine.
-Et on dirait même que pour eux, il n’y a pas de peine, plutôt à chaque jour suffit son jour.
-Et sa nuit, ne sois pas injuste.
 
 
Ils éclatèrent de rire.
Mais ils arrêtèrent de rire lorsqu’ils s’aperçurent que la femme qui tenait le commerce de la plage les regardait avec insistance. Aujourd’hui, ils sont allés par deux fois lui acheter quelque chose et elle les a très bien reçus. Et à présent le couple observe la tenancière du commerce, mais avec une curiosité presque poétique, ils la regardent comme on regarde la mer ou un voilier qui apparaît au loin. La femme a un sourire juvénile, mais des manières très simples, comme celles d’une femme du peuple. Le garçon de café, sur la place principale, leur avait dit que cette femme était la seule commerçante de ce lieu qui n’incitât jamais ses clients à acheter, au contraire, elle paraissait parfois les faire fuir. Mais eux, elle les avait très bien traités. C’est une femme à la peau blanche, à peine hâlée par le soleil. Elle fuit le soleil, bien qu’il soit évident qu’elle aime la chaleur, et là, sous le toit de tôle de son commerce, elle paraît s’épanouir avec la chaleur. Elle sue à grosses gouttes, rit constamment : elle est de bonne humeur. Mais c’est lorsqu’elle devient sérieuse que l’on voit son vrai visage. Les plis durs de la bouche, le front étroit et dur, et les cheveux tirés en arrière qui dégagent les tempes, des cheveux légèrement crépus, noirs, avec leurs premiers cheveux blancs. Elle a une voix douce et mélodieuse, de gros bras et des doigts comme des tenailles avec lesquels elle attrape les choses ou les change de place lorsqu’elle n’est pas en train de servir un client, et ce sans aucune délicatesse. Elle porte toujours un tablier blanc, très propre, bien que toute la journée elle s’y essuie les mains et que parfois, avec la pointe, éponge la sueur de son visage. Elle est très grosse, c’est une des femmes les plus grosses du village, mais son geste est agile, comme si elle était depuis longtemps habituée au volume de son corps, ou comme si ce dernier ne lui pesait absolument pas.
 
-Tu as beaucoup gigoté, cette nuit.
-Je n’arrivais pas à dormir.
-Il ne faut pas manger autant avant de te coucher.
-Ce n’était pas à cause de la nourriture, mais de l’amour.
-C’était trop ?
-Trop, non. On ne donne jamais trop d’amour.
-Alors quoi ?
-Quand c’est aussi bien, on en perd le sommeil.
-Moi, j’ai dormi comme une souche.
-Moi aussi.
-Mais tu as gigoté.
-De bonheur, après une nuit d’amour.
-Tu te moques ?
-Ne sois pas bête.
 
Ce qui les interpella tous deux fut la manière insistante dont la femme du commerce leur disait, en les implorant presque, de ne pas aller visiter cette maison. Ils étaient jeunes, plein de vie, innocents, leur disait-elle, ça ne valait pas la peine qu’ils aillent se salir là-bas, avec toutes les « cochonneries » exposées dans cette maison. Et elle insistait : ce qu’il y avait dans cette galerie était tout sauf décent, rien qui puisse être profitable à personne, encore moins à des jeunes qui avaient toute la vie devant eux. Durant la conversation que les jeunes eurent avec elle et qui, pour eux, se limita à quelques questions et quelques monosyllabes qui se voulaient être des réponses, la femme ne cessa de les mettre en garde, de leur dire combien cette maison était malsaine. Les gens la visitaient comme on se rend à une maison close, sauf qu’on touchait avec les yeux, et c’était tout. Mais eux, insistait-elle, si jeunes, n’avaient aucun besoin de voir ces choses, et même, ils ne devaient jamais voir ces choses s’ils voulaient continuer à vivre aussi heureux qu’ils en avaient l’air en ce moment.
 
La veille, lorsqu’ils avaient vu la maison pour la première fois, son aspect les avait étonnés, car le contraste avec toutes les constructions qu’ils avaient vues dans le village était fort. Mais ils ne l’avaient pas visitée, car il y avait beaucoup de monde à l’intérieur, et eux étaient venus chercher le calme.
 
-On dirait un château.
-Les châteaux, ça n’existe pas.
-Comment ça ? Bien sûr que ça existe, il y a des châteaux en Europe.
-Dans les films qui viennent d’Europe.
-Non, je te dis. Il y a des châteaux.
-Oui, et ici, il y a des caïmans, tu les as vus ?
-Non, je ne les ai pas vus parce que je ne suis pas allée là où il y en a.
-Tu avalerais tout ce qu’on te dit.
-Tu ne vas pas me dire que cette maison n’a pas l’air d’un château.
-Non, elle a juste l’air d’une maison plus grande que les autres, c’est tout.
-Une maison plus grande que les autres, c’est la meilleure définition d’un château.
-Appelle-la comme tu veux, pour moi ça reste une maison.
-Il doit en avoir de l’argent, le type qui vit là.
-Un riche qui a des caprices coûteux.
-Regarde ce mur, si long, et cet étage, si haut.
-Plusieurs familles pourraient y vivre, on dirait un ensemble d’appartements.
 
Et lorsque ils dirent à la femme qui tenait le commerce de la plage que la guide touristique, une jeune fille du village, leur avait fait l’éloge de cette maison, elle leur répondit que cette jeune fille, (elle l’appela par son prénom : Samanta) n’avait ni famille ni morale, et qu’elle vivait de « ça », si ce n’était d’autre chose, et insidieusement, elle leur fit comprendre que l’on ne savait pas si c’était « ça » qui lui rapportait le plus. De plus, continuait la femme du magasin, on sait bien quel genre de personne sont les touristes qui ne viennent que pour voir ça. Ce qui leur plaît c’est de voir toutes ces femmes de mauvaise vie exhibées dans des poses scandaleuses. Puis elle se montra surprise lorsque le couple lui annonça son intention de rester encore cette nuit. Elle ne comprenait pas ce qu’ils allaient faire, elle leur assura qu’étant si jeunes, ils n’avaient rien à faire dans ce village, surtout la nuit et que le village avait perdu son charme depuis que Villanueva avait transformé sa maison en musée des obscénités. Cette espèce de maison close où les vagabondes n’étaient là que pour être vues, voilà ce qui attirait tous ces gens. Les habitants du village avaient perdu la joie et la tranquillité qui étaient les leurs auparavant. Et elle répétait, en regardant en direction des groupes de touristes qui se dispersaient ça et là, en les regardant presque avec rancune, qu’il n’y avait que « ça » qui les attirait, l’étalage morbide abrité par cette maison. Depuis qu’on avait commencé à montrer ces tableaux, la vie du village tournait autour de ce scandale.
 
-Tu te rends compte ? Alors, ce n’est pas un château, c’est un musée.
-Oui, mais ça doit être un musée un peu étrange.
-Tu dis ça à cause des peintures.
-Oui, on dirait que c’est tout ce qu’ils ont à montrer là-bas.
-Elles ne sont peut-être pas comme ils disent, dans ces villages, les gens s’indignent d’un rien.
-Au contraire, tu ne vois pas dans quel calme ils vivent ? Rien ne les affecte.
-Ceux qui s’indignent sont ceux qui viennent de l’extérieur pour voir les tableaux.
-Qu’est-ce que disait la femme du commerce de la plage, que c’étaient des « vagabondes » ?
-Je ne m’en souviens pas. En tout cas, c’étaient des femmes dans des poses obscènes.
 
Pour finir, comme pour les convaincre de ne pas aller là-bas voir ce qui n’était pas bon pour eux, la femme du commerce de la plage leur avait raconté que les gens allaient là-bas sans savoir ce qu’il y avait derrière tout ça, qu’ils se laissaient guider par le caractère morbide de ce qu’on leur montrait dans la galerie sans rien savoir de la cruelle vérité cachée derrière tout ça. Elle leur dit, en baissant la voix, qu’en réalité il ne s’agissait pas seulement de femmes de petite vertu dans les attitudes les moins dignes, prenant les poses les plus obscènes, mais qu’il s’agissait de quelque chose de pire, mais qu’elle, elle préférait se taire. Ce n’était pas une galerie de simples prostituées exposées aux yeux de tout le monde et que tout le monde pourrait contempler gratuitement. Non, c’était plus grave. C’était beaucoup plus grave, car si les gens connaissaient la véritable histoire de tout ça, personne, absolument personne ne passerait la porte de cette maison. C’est donc pour cela qu’elle leur demandait de ne pas y aller.
 
-Tu crois que c’est la femme du propriétaire ?
-C’est ce qu’on dit.
-Ce qu’on ne ferait pas pour de l’argent…
-L’entrée est gratuite.
-Exhiber sa propre épouse.
-J’ai l’impression qu’il s’agit d’une vengeance.
-De qui ?
-Mais du mari, elle l’a quitté pour un autre et il se venge en montrant ces tableaux obscènes.
-Obscènes…Tu ne les as même pas vus.
-Je n’ai pas besoin de les voir, tu ne vois pas la tête des gens quand ils le disent, et leur attitude quand ils parlent des tableaux ?
-Peut-être qu’ils détestent le propriétaire de la maison. Tu sais, il y a des pauvres qui ne détestent les riches que parce qu’ils ont de l’argent.
-Non, je ne crois pas. Dans ce village, les gens n’ont pas ce genre de problèmes, ils s’en fichent pas mal de ce que peuvent posséder les autres, tant qu’ils les laissent vivre tranquillement. Tu ne vois pas leur visage, tout le temps paisible ?
 
*   *   *
 
-Je ne veux pas encore partir.
-On a vu tout ce qu’il y avait à voir.
-Oui, mais la plage…
-On ne va pas vivre éternellement sur cette plage.
-C’est ce que j’ai le plus aimé.
-Et le calme ? Et les gens ?
-Peut-être que ça, on peut le retrouver ailleurs, mais cette plage…
-Blanche.
-Oui, blanche, mais une plage tout de même.
-Et la maison ?
-Le musée.
-Ce n’est ni un musée, ni un château, c’est une grande maison.
-J’aimerais la connaître.
-Ils ne nous laisseront pas visiter la maison, seulement la galerie où sont les tableaux.
-Les tableaux ne m’intéressent pas.
-Il faudrait les voir, ils sont peut-être intéressants ; sinon, pourquoi tant de gens iraient les voir…
-On dirait qu’ils ne viennent que pour ça.
-Ça veut donc dire qu’ils sont intéressants.
-On peut y aller de toute façon. Comme excuse, on leur dit qu’on veut voir les tableaux, et on essaie de visiter la maison.
 
 
De telle sorte que le couple, sachant désormais qu’il n’y avait rien dans le village qui vaille la peine d’être vu et revu, décida d’aller jusqu’à la maison pour y visiter rapidement la galerie et pouvoir ainsi attraper le bus pour rentrer. Mais ils avaient perdu beaucoup de temps, et le majordome leur dit que les salles étaient déjà fermées. Les visites, pour la plupart celles des touristes, étaient terminées, et les gens de la galerie, les employés, étaient retournés chez eux. Il n’y avait plus personne pour leur montrer la galerie. Le couple pensait que visiter la galerie prendrait le même temps que parcourir les salles, qu’ils pourraient le faire en un minimum de temps, mais le majordome leur dit que non, qu’il fallait prendre son temps. Les tableaux n’étaient pas là pour faire joli, mais pour être contemplés, et la contemplation exigeait du temps. Le jeune homme pensa qu’en fait, les mises en garde de la femme du commerce de la plage n’avaient fait qu’aviver leur curiosité pour la maison, au lieu de la freiner. Le jeune homme insista et dit qu’ils ne resteraient pas longtemps. Le majordome refusa d’un signe de tête. S’ils s’étaient imaginé qu’ils pourraient voir les tableaux comme les touristes qui se promenaient sur la place ou sur la plage, ils s’étaient trompés, leur dit l’homme noir. Parce que rien dans le village n’exigeait d’être vu avec autant d’attention que ces salles. Le jeune homme demanda s’il était possible d’acheter un de ces tableaux et l’homme noir répondit que non seulement les tableaux n’étaient pas à vendre mais que de plus, ils n’avaient pas de prix. Ils se préparaient maintenant à s’en aller, fatigués d’insister, lorsque, depuis l’intérieur, le propriétaire de la maison, Monsieur Villanueva, demanda ce qui se passait. Lorsque le majordome lui dit qu’il s’agissait de deux jeunes gens qui voulaient voir les salles, le propriétaire ordonna qu’on les laisse entrer.
 
Ils entrèrent. Ils restèrent un long moment devant les tableaux, en silence. 
-Qu’est-ce que tu en penses ?
-Ce sont des portraits ?
-Ça en a tout l’air, à moins qu’il ait peint le fruit de son imagination.
-En général, ils ne font pas comme ça. En général, ils copient.
-C’est vrai.
-Sinon, ce serait comme prendre une pensée en photo.
-Qui sait ? Ces tableaux donnent l’impression d’avoir été pensés.
-Comme un jeu, non ?
-Oui, comme si celui qui les peint voulait se moquer de ceux qui viennent les voir.
-Ils ont quelque chose qui me déplaît.
-A moi aussi.
-Mais ils ont quelque chose qui attire.
-Ils attirent tout le monde. Tu te rends compte du nombre de personnes qui vient les voir ?
 
Ils n’avaient eu le temps de visiter que la première salle lorsque l’homme noir reparut. Ils crurent qu’il venait leur dire que la visite était terminée. Mais l’homme noir, avec un geste d’extrême courtoisie, leur fit comprendre qu’il voulait juste leur servir de guide.
 
-Par ici, la salle suivante.
-Non, merci, nous en avons assez vu.
-Les autres tableaux sont plus… Ils sont vraiment impressionnants – insista l’homme noir avec courtoisie.
 
 
*   *   *
 
 
Lorsque le jour suivant la femme du commerce de la plage vit le couple, cela lui fit plaisir, en revanche elle n’apprécia pas qu’ils n’aient pas suivi ses recommandations. Ils lui racontèrent qu’ils avaient visité seulement une salle, car la galerie était déjà fermée. Mais oui, ils étaient restés, pas tant pour visiter le reste du musée que pour séjourner, pour vivre un jour de plus dans le village, mais pas pour le connaître mieux, ou connaître mieux les gens. Il était difficile en fait de connaître les gens, dit le jeune homme. La femme dit que c’était vrai, que c’était difficile parce que les gens cachaient toujours quelque chose. Ils le faisaient par pudeur, et dans le village, le seul à n’avoir aucune pudeur était Villanueva, qui faisait ça, exposer ainsi la raison de sa douleur d’homme, en s’y abandonnant de cette façon. Le jeune homme lui dit ce qu’il en pensait, qu’en réalité Villanueva ne l’exhibait que pour les gens du village, car les touristes étaient des gens qu’il ne connaissait pas, les touristes ne savaient rien de son histoire personnelle ni des raisons de sa peine.
 
La femme leur raconta quelques faits insignifiants, comme l’histoire de la robe bleue que Cecilia n’avait jamais remise. Ceci était apparu à tous comme le pire des affronts, car cette robe était celle de la cérémonie de remise des diplômes, lorsqu’elle avait obtenu le baccalauréat, dans la capitale, et les gens avaient l’habitude de la voir porter cette robe lors des fêtes les plus importantes. Après la noce, personne ne la lui avait plus jamais vue, même si quelques uns soutenaient que cette robe était la seule, bien qu’un peu différente, à apparaître sur les tableaux. Sur certains d’entre eux, disaient quelques uns, seule la robe permettait de la reconnaître, car les gestes, les attitudes étaient tellement différents de ceux qu’on lui connaissait, tout comme étaient inexplicables ces poses de femme lascive, ces sourires aux commissures mouillées de salive, l’expression de ce visage en quête de plaisir, les lèvres serrées comme celles d’une femme qui non seulement est en train de faire l’amour, mais qui en plus, connaît en cet instant le paroxysme du plaisir. 
 
Au début ils ne comprenaient pas pourquoi la femme leur racontait ces choses sans aucun intérêt pour des étrangers, des choses qui ne touchaient que les gens du village, qui blessaient les petites fiertés locales, c’étaient des ragots en tout genre. Pour eux, pour le couple, rien de ce que la femme leur racontait à présent ne pouvait avoir d’importance véritable, rien ne pouvait expliquer l’étrange décision de Villanueva d’exposer ces tableaux. Mais la femme racontait, car d’une certaine façon, (et cela ne lui était possible qu’avec des étrangers) elle avait besoin de se soulager.
 
-De toute façon, c’est une vengeance stupide.
-Cet homme est blessé, elle a dû lui faire beaucoup de mal.
-Mais qu’est-ce qu’il peut bien y gagner ?
-Rien, il prend sa revanche.
-Sa femme n’est plus là.
-ça ne lui est pas destiné à elle, mais à eux, ceux qui les voient ici jour après jour, ceux qui ont connu le couple.
-Si je te quitte, tu te venges ?
-Moi, non. Moi j’en meurs… tout simplement.
 
Et ils rirent bruyamment, comme pour conjurer un éventuel mauvais sort.
 
 
FIN
 
 
GABRIEL  URIBE  CARREÑO  nació el 9 de marzo de 1947, en  Socorro, Santander, donde se inició al periodismo. En 1980 viajó a Francia, donde vive y escribe (o viceversa) desde entonces. Su novela histórica con marco renacentista, Maquiavelo en Verona, fue publicada por la Universidad Industrial de Santander (1998), y su cuento "Al filo de la escritura", hace parte de la antología publicada en Francia por Editorial Indigo "Cuentos colombianos del siglo XXI"(2005). El último retrato de Cecilia Tovar, novela, fue editada en la colección "Escargots au galop" de la revista bilingüe Vericuetos, París (2006). En el campo de la biografa escribió para la colección Cien Personajes, de Panamericana Editorial, NICOLAS MAQUIAVELO, Bogotá (2006) Su novela histórica FOMINAYA se editó para el bicentenario de la Independencia, en París (2010). La novela más reciente fue publicada por Ediciones Auroraboreal, EL ENCUENTRO DE BENIDORM  (Madrid-Copenhague, 2012). Sílaba Editores incluyó su cuento "Hay una señora extraña en la cama de mamá" en la antología de cuentos colombianos EL POZO Y EL PENDULO, Medellín, (2014)
 

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