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* CHEMIN SCABREUX

 "Le chemin est un peu scabreux

    quoiqu'il paraisse assez beau" 

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Publié par VERICUETOS

Adieu Charlie

CHARLIE HEBDO- La vérité que dérange

***par Kalle Merono***

 

Le 11 janvier 15. La France est sous le choc. On n’aurait jamais pu imaginer qu’il soit possible d’abattre la rédaction d’un journal à cause de leurs dessins. Le peuple Français ne peut pas accepter qu’on puisse utiliser de telles méthodes. Sous l’emprise de l’émotion, des millions des manifestants se solidarisent avec le journal Charlie Hebdo. Des gens qui ont à peine feuilletés le journal occasionnellement, s’identifièrent  aussi avec Charlie sans condition. Mais, peut-on idéaliser Charlie Hebdo, uniquement par principe de liberté d’expression, ou faut-il prendre du recul pour réfléchir d’abord ?

Avant le carnage, les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo étaient tout sauf les chouchous de la république. Le journal vendait à peine 30.000 exemplaires par semaine. Il n’avait pas de quoi payer  les salaires. Leur matérielle était sous scellé policière. Charb était allé taper sur toutes les portes jusqu’à François Hollande pour faire appel aux dons ou des subventions (« Charlie Hebdo, récit d’une renaissance » Les Échos 13/01/15.). La bande de Charlie était un mode de vie révolu, sous menace d’extinction.  On  était loin des années 70’s ou un dessinateur satirique pouvait vivre de son métier, critiquant la société. C’est vrai que le journal pouvait encore être insolent envers le patronat et les politiciens, pour ne pas dire Marine Le Pen. Le dernier temps avant l’attentat, il faut l’avouer, Charlie ciblait plutôt les djihadistes que les musulmans. Mais cela n’intéressait plus le grand public.  Comme par coïncidence, les numéros, ceux des caricatures danoises et Charia Hebdo, plus l’affaire d’incendie des locaux de la rédaction, ont permis de multiplier les ventes par dix. 400.000 (« Charlie Hebdo, un libre penseur… » L’Indépendant 07/01/2015).

Charlie était le mal-aimé, ou pire il était haï. Ceux qui ont détesté Charlie n’étaient pas des oligarques ou hommes de pouvoir, ni des personnes qui ne se sont jamais senties menacées par le journal.  Ceux qui le haïssent le plus étaient les minorités issues des pays musulmans. Des couches sociales souvent les plus défavorisées de la société. Pour eux, Charlie a toujours fait partie d’une société qui les accable avec des humiliations et vexations en permanence. Des rappeurs qui ont affirmé leur identité par l’Islam, se sont souvent emporté avec une violence verbale contre le journal (« Le rap fait sa crise de foi » Le magazine du Monde 17/01/15).  Dans une tribune du Monde, deux ans avant sa mort, Charb se plaint du climat il a dû subir. Un chauffeur de taxi,  magrébin a jeté un collaborateur de Charlie H. dehors de sa voiture pour raison des caricatures de Mahomet, et un interlocuteur a refusé un entretien pour la raison qu’il ne parla pas à « un journal des gros racistes. » C’est plus que Charb a pu supporter : «Ceux qui prétendent et prétendront demain que Charlie est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. », termine la tribune. Une variante de la formule de Nicolas Sarkozy, la légendaire « Descendez-là si tu es un homme ! ». (Le Monde 20/11/2013). Une posture assez ridicule, en considérant qu’ils n y ont pas manqué des voix haute, qui  « prétendent » que si Charlie n’est pas raciste, il flirte quand-même un peu trop avec une islamo phobie ignoble et il doit l’assumer. Mais bien sûr, ces voix dissonantes sont presque inaudibles, faute de couverture médiatique.

Olivier Cyran par exemple, ancien collaborateur de Charlie Hebdo n’a pas tardé à répliquer. Depuis qu’il a quitté la rédaction 2001, les musulmans et Islam est devenu l’axe central du journal. Sous l’influence de l’ancien rédacteur, Philippe Val et la journaliste Caroline Fourest, la ligne politique s’est glissée vers l’idée des « choc des civilisations » ou musulmans, islamistes et Islam s’est amalgamée sans trop des subtilités. Pour Philippe Val, c’est le monde barbare des musulmans que menace Israël, unique démocratie au Moyen Orient, c’est cela qui a décidé ses prises des positions. Et surtout, c’est pourquoi, on assiste à une flopée des stéréotypes des musulmans, qui commencent peu à peu à dominer l’imagerie populaire.  Les plus remarquant sont les dessins du néerlandais Gregorius Nekschot, découverte par Caroline Fourest, que sont des stéréotypes racistes sans ambiguïté. Tout est si documenté point par point. (www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous), que cela devient du négationnisme de prétendre le contraire. Mona Chollet est une autre collaboratrice qui a rompu avec Charlie Hebdo 2004 est qui a écrit au moins une dizaine des chroniques sur ce qu’elle pense de la vue essentialiste des musulmans qui domine à Charlie Hebdo, sans jamais cacher son nom, bien avant la tribune de Charb (http://lmsi.net/Democratie-culture-et-dependances).

Et pourtant, on ne peut pas nier l’influence que le journal a eue pour le climat de débat actuel. Le journal a répandu la doctrine dans la gauche, que l’on peut dégueuler sur les musulmans et leur religion si l’on utilise des termes comme laïcité, droit au blasphème, athéisme, valeurs républicains etc. Cela a décomplexé cette partie de la gauche qui ne supporte plus les arabes. Charlie hebdo n’a pas été seul dans ce domaine, le journal a partagé ces idées avec des autres journaux et débateurs d’une prétendue gauche, mais porte quand-même sa part de responsabilité. Ce n’est plus une méthode de gauche. L’extrême droite a vite compris et s’est reconvertie à une nouvelle laïcité. On évite des phrases comme « repousser l’invasion arabe » et les remplace avec « défendre la laïcité ». Depuis la loi antivoile de 2004 la situation des musulmans a détérioré. Il n’est plus question d’une laïcité de 1905 de liberté de toutes les confessions religieuses.  Celle de 2004 est une nouvelle laïcité moralisatrice et liberticide, basée sur un nationalisme névrotique.  La France est l’unique pays occidental ou le port du voile est considéré comme un problème politique depuis vingt ans. La liste des conséquences est longue, des filles qui sont exclues de l’école pour le port du voile, interdiction des mamans voilées d’accompagner leurs enfants dans des sorties scolaires. Exclusion des femmes voilées des travaux de bénévolat au resto de cœur.  Charlie Hebdo a contribué pour sa part avec un reportage sur l’affaire « Baby-loup » complet avec des dessins de Tignous et une interview  de Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo. Tout pour justifier le droit d’une crèche privé de licencier une collaboratrice à cause du voile qu’elle porte.  Le syndicat CGT a fait une déclaration amère ou il constate que l’employeur peut désormais licencier une femme voilée sans justification. Une régression des droits syndicaux où un employé n’a plus le droit d’affirmer sa personnalité et sera encore plus à la merci de son employeur (http://www.sap.cgt.fr/actualites/2014/07/15/cr%C3%A8che-baby-loup-lentreprise,-nouveau-lieu-d%E2%80%99effacement-des-identit%C3%A9s-culturelles/).

Charb avait beau d’être communiste chaque fois il fut critiqué. Son journal n’a pas fait avancer la conscience de la classe ouvrière. Charlie Hebdo a plutôt contribué à opposer les précaires contre les pauvres. Que personne ne soit dupe, il existe une ségrégation sociale basée sur des origines ethniques et Charlie Hebdo a souvent été la voix d’une classe moyenne des petits blancs contre les sous-classes d’origine musulmane. Français d’origines africaines et magrébins sont presque complètement aliénés par la société et ne participent pas dans la politique. Ils n’ont pas des véritables représentants dans l’assemblée nationale, ni dans les institutions ni dans les media, ni dans l’économie. Ils doivent toujours subir des vexations sans avoir des moyens légaux pour se défendre, ceci les a convaincus qu’ils vivent dans un pays de non droit musulmans. Le historien israélien Shlomo Sand a bien remarqué que si on avait fait les mêmes dessins avec Moise dans des habits de juif au lieu de Mahomet, ça n’aura plus été question de liberté d’expression, plutôt incitation de la haine et antisémitisme. Charlie sait pertinemment bien où est la limite de leur liberté d’expression (http://www.legrandsoir.info/je-ne-suis-pas-charlie-27791.html).

Si l’antisémitisme fut le socialisme des imbéciles de 19eme siècle, selon August Bebel, l’islamophobie est désormais les droits de l’homme des demeurés d’aujourd’hui. On est loin de ce Charlie Hebdo qu’autrefois incitait la jeunesse à une pensée critique. Adieu Charlie.

 

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